À Toliara et alentours, Malgaches, Karana et Vazaha se croisent, se mêlent et s’emmêlent pour le meilleur et pour le pire. On nage. Dans le cours imprévisible, les remous, la mêlée, parfois hors des flots. On vit en ville comme au village. Dans les gargotes, sur les routes de goudron éclaté et les pistes de sable. Comme chez soi en dur, en tôles ou en vondro. Reclus ou en ribote. On improvise. Aux détours d’un zébu, d’un fou, d’un trépassé ou d’un éloquent soudard. Dans le charivari infernal, le vif des traditions locales, les êtres marchent au charbon ou flottent, dévient malgré eux de foutaises en désespoirs, de malentendus en traquenards ou états de grâce. On se chamaille. On palabre pour un bien commun, un canard qu’on déplume ou un sort venu de nulle part. On s’étripe pour le sel et la terre, on rouscaille, chante la guigne ou la poisse, on s’esclaffe, se dégage, rit de l’homme, la femme qui n’a pas fini d’en voir. Et si au final les genres, les classes, les origines se confondaient pour laisser planer tous les doutes ? Et si, pétris et navigués, dénudés, au lieu de fuir, nous acceptions que tous étions du même cru, de la même trempe, sans distinction ? Qu’il en déplaise à Dieu, aux illustres Aînés, aux arrogants et férus du langage sinistré, il nous est offert de boire la vie jusqu’à la lie, la lune nouvelle et l’art de résonner du tsapiky au soleil de l’amour noir.

B. A.

3,99 euros ou 12.000 ariary

ISBN 978-2-37363-074-9

Presse

Poussière, rhum, magot et sueurs fauves

Avec Les jours rouges, Ben Arès nous plonge dans un recueil de nouvelles dévoilant la vie quotidienne de Madagascar, un pays où règne la sécheresse qui tape sur les cases en tôle de trois mètres sur trois. Un pays où nous découvrons la pauvreté des autochtones aux « petits métiers ou sans métier ». Un pays où les étrangers sont à la fois vénérés et méprisés, mais aussi victimes de préjugés. C’est qu’ils ont pu se payer un billet d’avion pour venir d’Europe ; ils sont donc considérés comme riches, des « pompes à fric » ou des maris potentiels, c’est selon. [...]

Séverine Radoux, Le Carnet et les Instants